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Biographie de la faim - Amelie Nothomb

Si Dieu mangeait, il mangerait du sucre. Les sacrifices humains ou animaux m'ont toujours paru autant d'aberrations : quel gaspillage de sang pour un être qui aurait été si heureux d'une hécatombe de bonbons !
Il faudrait raffiner. Au sein des sucreries, il en est de plus ou moins métaphysiques. De longues recherches m'ont mené à ce constat. : l'aliment théologal, c'est le chocolat.
Je pourrais multiplier les preuves scientifiques, à commencer par la théobromine, qu'il est seul à contenir et dont l'étymologie est criante. Mais j'aurais un peu l'impression d'insulter le chocolat. Sa divinité me semble précéder les apologétiques.
Ne suffit-il pas d'avoir en bouche du très bon chocolat non seulement pour croire en Dieu, mais aussi pour se sentir en sa présence ? Dieu, ce n'est pas le chocolat, c'est la rencontre entre le chocolat et un palais capable de l'apprécier.
Dieu, c'était moi en état de plaisir ou de potentialité de plaisir : c'était donc moi tout le temps.

J'ai beaucoup beaucoup aimé . Je n'ai pas lu Amelie Nothomb parce que c'était la mode . Je l'ai lue parce que j'aime sa personnalité que j'ai retrouvée dans ce livre . Originalement débuté .
J'aime j'aime j'aime .

# Posté le dimanche 18 septembre 2005 12:24

Modifié le vendredi 01 juin 2007 03:34

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La folle allure - Christian Bobin

Mon premier amour a les dents jaunes. Il entre dans mes yeux de deux ans, deux ans et demi. Il se glisse par la prunelle de mes yeux jusqu'à mon c½ur de petite fille où il fait son trou, son nid, sa tanière. Il y est encore à l'heure où je vous parle. Aucun n'a su prendre sa place. Aucun n'a su descendre aussi loin. J'ai entamé ma carrière d'amoureuse à deux ans avec le plus fier amant qui soit : les suivants ne seraient jamais à la hauteur, ne pourraient jamais l'être. Mon premier amour est un loup. Un vrai loup avec fourrure, odeur, dents jaune ivoire, yeux jaune mimosa. Des taches d'étoiles jaunes dans une montagne de pelage noir .

(...)

La fatigue, la lenteur et le sommeil ont toujours été de mes amis. La plus petite action dans cette vie m'a toujours demandé une force énorme, insensée, comme si, pour l'accomplir, il me fallait soulever le monde entier, naître à chaque fois. Je comprends très bien que les nourrissons passent leur temps à dormir. Ils font un travail proprement exténuant : ils tètent une goutte de réel, une goutte seulement, ils la tètent de tout leur corps froissé et rose, ils la gobent avec leurs petits yeux ronds, ils la lèchent avec leur petite langue de chat, une goutte de réel, de rien, un soupçon, une larme de réel qui tombe sur leur âme blanche comme de l'huile sur le feu – et ils sont aussitôt exténués, accablés, obligés de tout arrêter, tout suspendre, repartir pour des heures de sommeil. Les nourrissons grandissent en dormant. Petit à petit, insensiblement, ils prennent taille, poids et force, les oreilles s'épaississent, les lèvres deviennent moins tremblées et les yeux s'affolent moins, les lèvres deviennent moins tremblées et les yeux s'affolent moins, regardent plus posément autour d 'eux.

Bon , je n'vais pas me répéter à chaque livre de Bobin . Génial tout simplement .
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# Posté le dimanche 18 septembre 2005 12:19

Modifié le lundi 31 juillet 2006 18:53

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L'inespérée - Christian Bobin

Je suis fou de pureté. Je suis fou de cette pureté qui n'a rien à voir avec une morale, qui est la vie dans son atome élémentaire, le fait simple et pauvre d'être pour chacun au bord des eaux de sa mort noire et d'y attendre seul, infiniment seul, éternellement seul. La pureté est la matière la plus répandue sur la terre. Elle est comme un chien. Chaque fois que nous ne nous reposons sur rien que sur notre coeur vide, elle revient s'asseoir à nos pieds, nous tenir compagnie.
C'est une chose que tu m'as apprise, mon âme. Tu m'as appris beaucoup de choses. Tu m'as d'abord enfermé dans ton rire comme un écolier dans la classe au mois d'août, puis tu m'as rendu au monde avec pour tout devoir de l'écrire comme il est : affreusement noir en dessus, miraculeusement pur en dessous.
J'écris depuis que tu me lis, depuis cette première lettre dont j'ignorais ce qu'elle pouvait dire, qui ne pouvait trouver son sens que dans tes yeux. Je n'ai jamais rien écrit de plus que les trois premières phrases de cette lettre : ne rien croire. Ne rien attendre. Espèrer que quelque chose, un jour, arrive. Les mots sont en retard sur nos vies. Tu as toujours été en avance sur ce que j'espérais de toi. Tu as depuis toujours été l'inespérée.

Extra-pas-ordinaire
De la lumière pure . Du bonheur tout simplement .
Ca redonne le sourire . C'est beau , c'est grand . On a envie que ça ne s'arrête jamais .
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# Posté le dimanche 18 septembre 2005 12:17

Modifié le lundi 31 juillet 2006 18:59

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Une petite robe de fête - Christian Bobin

On fait quelques pas hors de l'enfance, puis très vite on s'arrête. On est comme un poisson sur le sable. On est comme celui qui piétine dans sa mort, un adulte. On attend. On attend jusqu'à ce que l'attente se délivre d'elle même, jusqu'à l'équivalence d'attendre, de dormir ou mourir. L'amour commence là - dans les fonds du désert. Il est invisible dans ses débuts, indiscernable dans son visage. D'abord on ne voit rien. On voit qu'il avance, c'est tout. Il avance vers lui-même, vers son propre couronnement.

Ainsi vous ai-je vu avancer dans la poussière d'été, toute légère dans votre robe toute blanche.

Celle qu'on aime, on la voit s'avancer toute nue. Elle est dans une robe claire, semblable à celles qui fleurissaient autrefois le dimanche sous le porche des églises, sur le parquet des bals. Et pourtant elle est nue - comme une étoile au point du jour. A vous voir, une clairière s'ouvrait dans mes yeux. A voir cette robe blanche, toute blanche comme du ciel bleu.

Avec le regard simple, revient la force pure.

Je vous reconnaissais. Vous étiez celle qui dort tout au fond du printemps, sous les feuillages jamais éteints du rêve. Je vous devinais depuis longtemps déjà, dans la fraîcheur d'une promenade, dans le bon air des grands livres ou dans la faiblesse d'un silence. Vous étiez l'espérance de grandes choses. Vous étiez la beauté de chaque jour. Vous étiez la vie même, du froissé de vos robes au tremblé de vos rires.

Vous m'enleviez la sagesse qui est pire que la mort. Vous me donniez la fièvre qui est la vraie santé.

Et puis vous êtes partie. Ce n'était pas trahir. C'était suivre le même chemin en vous, simple dans ses détours. Vous emportiez avec vous la petite robe de neige. Elle ne dansait plus dans ma vie. Elle ne tournait plus dans mes rêves. Elle flottait sous mes paupières lorsque je les fermais pour m'endormir, juste là : entre l'½il et le monde. Le vent des heures l'agitait fiévreusement. L'orage des chagrins la rabattait sur le coeur, comme un volet sur une vitre fêlée.

Qui n'a pas connu l'absence ne sait rien de l'amour. Qui a connu l'absence a pris connaissance de son néant - de cette connaissance lointaine qui fait trembler les bêtes à l'approche de leur mort.

(...)

Elle écrit.

Des carnets de toutes les couleurs. Des encres de tous les sangs.

Elle écrit le soir, ce ne serait pas possible autrement. Après les courses, le bain donné à l'enfant, les leçons à faire réciter. Elle écrit sur la table desservie. Loin dans le soir. Tard dans la langue. Quand l'enfant l'abandonne pour la menue monnaie d'un sommeil, ou d'un jeu. Quand ceux qu'elle nourrit ne savent plus rien d'elle. Quand elle est là elle-même hors d'atteinte : seule devant la page. Misérable devant l'éternel.

Beaucoup de femmes écrivent ainsi, dans leurs maisons gelées. Dans leur vie souterraine.

Beaucoup qui ne publient pas.

Ma vie me fait souffrir . ma vie me tue le jour, la nuit je tue ma vie.

J'attendais d'être reine. Je ne sais plus que mendier. Je voulais vivre de bel amour. Je meurs de sale blessure. Et pourtant je suis là : indemne. Je souffre de ma vie intacte dedans ma vie ruinée. Je meurs de trop de chant dans trop peu de feuillage.

Elle va dedans sa vie comme une aveugle. Elle va dans l'écriture comme un printemps. De temps en temps elle vous montre un carnet. Chacune des phrases vous touche, comme au fleuret : leur pointe acérée pénètre à merveille dans vous yeux. Ce qui vous touche est un mystère. C'est là et c'est ailleurs.

Un jour elle écrit. Un autre jour elle n'écrit plus.

Ce deuxième jour dure des années. Ce temps est emmené par l'enfant dernier-né. Elle reverse le lait des encriers. Elle lange l'enfant dans les pages blanches. Elle lui cède toutes ses phrases. Il en fait des ombres chinoises, des cris, des rires. Il en fait n'importe quoi. Elle lui donne son bien le plus précieux –sa voix. Il en fait un jouet docile, merveilleusement souple. Elle s'attache à l'enfant de tout ce qu'elle lui donne : les carnets, la solitude, le silence. Tout.

Elle contemple l'étendue chaque jour croissante des fatigues. Elle sourit. On pourrait même parler de bonheur. Une espèce singulière du bonheur. Une manière d'être heureuse qui n'empêche pas la souffrance, qui ne gêne pas le désespoir en cours. Un roseau sur le bord des eaux noires. Elle est dans le souci incessant de l'enfant, dans la veille insomniaque. Elle est dans ce souci pour tous ceux qui l'approchent. C'est une façon apprise dans l'enfance. C'est une nature seconde, plus forte que sa nature. C'est sa façon d'aimer, elle n'en connaît pas d'autre : d'un amour de pure perte. D'un amour survivant à toutes fins. D'un amour survivant à l'amour. L'enfant grandit, fortifié d'elle. Les premiers pas, les premiers mots. Les heures d'école.

Alors elle revient aux carnets. Doucement d'abord. Comme à la dérobée. Fautive. Dans les premières pages, elle colle des photographies de l'enfant. Puis, un peu plus loin, des fragments de peinture. Avec parfois une phrase d'un livre aimé. Un galet dans l'eau vive des lectures. Les images se font plus rares. Les phrases s'agrandissent. Toujours des citations –qu'elle corrige quelquefois. Elle dit : rectifié. Ca, c'est du Paul Eluard rectifié. Et ça, de l'Apollinaire, rectifié aussi. Elle change un mot, exile une virgule pour atteindre plus de fraîcheur. La convalescence se poursuit. La greffe prend bien. Elle renoue peu à peu avec sa voix, d'abord couverte par celle des autres.

Enfin elle n'écrit plus qu'elle-même. Seule et chantante. Désespérée et riante. L'enfant sommeille dans la chambre à côté. L'enfant qui bientôt la quittera.

L'amour qui nécessairement la tuera.

Comme on rêve, elle écrit. Comme on rêve d'une vie d'autant plus vraie qu'elle manque, d'autant plus claire qu'elle brûle. L'enfant n'y entre pas dans cette vie, ni le mari, ni même soi. C'est une vie qu'on n'a pas, et pourtant c'est la seule. Elle écrit pour l'avoir.

Elle écrit pour le pain de silence, la mie de lumière. Le blé de l'encre.

On s'éprend de son style comme on pourrait s'éprendre d'elle. C'est la même chose. La même rivière sous la feuille blanche, sous la robe rouge. Elle est devant la langue comme devant le miroir des légendes.

Dans l'enfance elle contemplait le ciel dans une flaque d'eau. Son c½ur se prenait aux plus simples lumières.

C'est cela qu'elle trouve dans l'écriture. C'est cela qu'elle trouve dans la lecture. Elle lit beaucoup, des romans. Les livres sont comme une eau de fontaine. Elle en approche son visage pour le rafraîchir. Il n'y a aucune différence entre la lecture et l'écriture. Celle qui lit est l'auteur de ce qu'elle lit. Parfois l'auteur est inégal, elle s'ennuie de sa propre lecture comme on dort d'un sommeil laborieux, épuisant. Comme elle est sage, comme ses parents ont mis en elle cette obéissance de sagesse, ce mensonge du devoir, elle va jusqu'au bout du livre, elle ne sait pas plus abandonner un mauvais livre qu'un mauvais mari. Tant pis elle reste, elle va jusqu'à la dernière page, jusqu'à la fin des temps. Le mari souvent s'étonne : encore un roman. Elle ne répond pas.

D'ailleurs allez répondre à cette question : pourquoi tu lis des romans, pourquoi cette manie de bonne femme, ce temps gâché à lire.

Qui entendrait la vraie réponse : je lis pour faire sa place à la douleur. Je lis pour voir, pour bien voir –mieux que dans la vie – l'étincelante douleur de vivre » Je ne lis pas pour être consolée, puisque je suis inconsolable. Je ne lis pas pour comprendre, puisqu'il n'y a rien à comprendre. Je lis pour voir la vie en souffrance dans ma vie –simplement voir. Oui, allez donc répondre ça.

La douleur est dans la vie des femmes comme un chat qui se faufile entre leurs jambes quand elles repassent le linge, refont les lits, ouvrent les fenêtres, épluchent une pomme. Un chat qui parfois leur prend le c½ur, l'envoie rouler à plusieurs mètres, le reprend dans ses griffes, en joue comme d'une souris mourante. Ce chat est dans la vie des femmes même quand il les laisse en paix. Elles savent qu'il est là, dans un coin. Elles ne l'oublient jamais. Jusque dans la joie elles l'entendent respirer, comme on perçoit le chant d'une source sous tous les bruits de la forêt.

Les hommes ne laissent pas la souffrance séjourner en eux. A peine l'ont-ils devinée qu'ils l'expulsent en violence, en colère, en travaux.

Les femmes, elles, la reçoivent comme un chat affamé qui a besoin, pour reprendre vie, de les détruire. Elles ne bougent pas. Elles laissent faire et, pour occuper ce temps mort des souffrances, elles ouvrent un livre, un roman, encore un roman. Ce qu'elles y trouvent, c'est ce qui est dans chacun de leurs jours : l'espérance et les ruines, l'inquiétude et la grâce, l'éternelle plaie de vivre, un chat miséreux, chassé de partout, recueilli là endormi sur la page, les flancs maigres, un prince noir de douleur.

Quand elle n'écrit pas dans les carnets, quand elle ne lit pas dans les miroirs, elle regarde les hommes qui l'approchent. Elle a pour eux des manières brûlantes et froides. Elle séduit sans connaître sa séduction, elle séduit en raison de cette méconnaissance. Elle est comme lasse de plaire, fatiguée de vous et d'elle-même et de tout : présente, elle est absente.

Elle est dans l'ombre, retournée vers l'enfance. A vingt ans elle avait de longs cheveux noirs. Une rivière aux épaules. Une armure de douceur. C'est peut-être ça qu'elle recherche dans les carnets dormants : l'ancien visage, l'image ouverte. Un peigne de mots sur l'encre noire.

C'est peut-être ça, ou autre chose. Et même rien. Il y a besoin de si peu, pour écrire. Il n'y a besoin que d'une vie pauvre, si pauvre que personne n'en veut et qu'elle trouve asile en dieu, ou dans les choses. Une abondance de rien. Une vie à l'inverse de celles qui sont perdues dans leur propre rumeur, pleines de bruits et de portes. On écrit mal avec de telles vies. Elles sont sans intérêt à dire.

On ne peut bien voir que dans l'absence.

On ne peut bien dire que dans le manque.

On ne peut, pour voir le pur visage de la mendiante, que tourner les pages d'un carnet, regarder ces écritures qui s'entassent dans le soir : l'héritage fabuleux qui grandit dans le sommeil de l'enfant.

Extra-pas-ordinaire (l)(l)(l)
Vraiment génial . Ca apporte de la lumière dans la pièce , le temps d'une lecture .
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# Posté le dimanche 18 septembre 2005 12:14

Modifié le lundi 31 juillet 2006 19:21

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Les thanatonautes - Bernard Werber

Thanatonaute n.m (du grec Thanatos , mort , et nautês , navigateur). Explorateur de la mort .

Manuel d'histoire . Quelques dates à retenir .
1492 : Premiers pas sur le continent américain .
1969 : Premiers pas sur la Lune .
2062 : Premiers pas sur le continent des morts
2068 : Premières publicités sur le chemin de la réincarnation .

(...)

Jadis , tous les hommes avaient peur de la mort . Elle était comme un bruit de fond permanent que personne n'oubliait une seconde . Chacun savait qu'au bout de tous ses actes se trouvait sa propre disparition . Et cette angoisse gachait tous les plaisirs .
Woody Allen, un philosophe américain de la fin du XXème siècle, avait une phrase pour décrire l'état d'esprit qui régnait en ces temps là : "Tant que l'homme sera mortel , il ne pourra pas vraiment être décontracté."

Adoré . A lire . Vraiment . Vraiment .

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# Posté le dimanche 04 septembre 2005 05:14

Modifié le lundi 31 juillet 2006 19:20