.29.

.29.
Ensemble, c'est tout - Anna Gavalda

T'es croyante ?
- Non. Enfin si... Quand j'écoute ce genre de musique, quand j'entre dans une très belle église ou quand je vois un tableau qui m'émeut, une Annonciation par exemple, mon coeur enfle tellement que j'ai l'impression de croire en Dieu, mais je me trompe : c'est en Vivaldi que je crois... En Vivaldi, en Bach, en Haendel ou en Fra Angelico... Ce sont eux les dieux... L'autre, le Vieux, c'est un prétexte... C'est d'ailleurs la seule qualité que le lui trouve : d'avoir été assez fort pour leur avoir inspiré à tous, tous ces chefs-d'oeuvre...

*

Contre toute attente, son hôte s'avéra être un causeur parfait, relançant sans cesse la conversation et picorant çà et là mille sujets futiles et plaisants. Il était passionné d'histoire de France (...) Elle lançait un thème ou une époque et il lui apprenait une foule de détails piquants. Les costumes, les intrigues de la Cour, le montant de la gabelle ou la généalogie des Capétiens.
C'était très amusant.
Elle avait l'impression d'être sur le site internet d'Alain Decaux.
Un clic, un résumé.
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# Posté le samedi 04 mars 2006 08:12

Modifié le dimanche 23 juillet 2006 20:06

.28.

.28.
Koman sa sécri émé - Annie Saumont

Dis Paula , pourquoi on ne mangerait pas que du gruyère rapé ? Ca étoufferait ? Mais non , Paula , j'ai dit râpé , ça fondrait dans la bouche . Je te parie que c'est plein de vitamines . Ce serait très simple , tu ne ferais plus la cuisine on aurait une meule de gruyère à la maison comme on a vu dans le livre , mon prix de chez Larousse pour le concours Ed , votre fournisseur préféré sur les fromages du monde entier (au lait cru ou pasteurisé) et toi et moi on en prendrait ce qu'on voudrait . Comme ustensiles un couteau et une râpe , pas même de fourchette , on mangerait avec les doigts .
On parlerait . Je pourrais te poser toutes sortes de questions . Tu es toujours trop occupée tu n'as pas le temps de répondre , mes questions je les garde pour plus tard . Lorsqu'on se nourrira uniquement de gruyère . Quand tu en auras fini de touiller dans tes pots et tes casseroles , d'ajouter ci d'ajouter ça de goûter et d'annonceer qu'il faudrait encore un peu de ça un peu de ci . Et voilà comment tous les deux lorsqu'ils étaient à la maison ont décidé de t'appeler désormais la cuisinière quand toi tu dis qu'autrefois ils t'avais engagée pour être ma nourrice .
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# Posté le dimanche 19 février 2006 12:21

Modifié le dimanche 23 juillet 2006 20:06

.27.

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Claire Castillon - L'insecte

Elle est belle, au-dessus de mon berceau, devant l'école, dans la voiture garée au coin, et puis maintenant, vingt ans plus tard, dans le café où elle m'attend pour boire un thé, vert, c'est à la mode, il paraît que ça peut faire maigrir, alors elle essaye, des fois qu'elle perde un os ou deux.

*****


Je marche vers elle, il va bien se produire un drame sur la route, m'arriver quelque chose, ou au moins une idée, depuis le temps que je la cherche, cette idée, pour la sauver et me perdre. Je marche et, quand j'arriverai, elle aura des ampoules, c'est ainsi qu'on fonctionne. Quand j'ai mal au ventre, on retire son colon ; quand j'ai mal à la tête, on lui trouve une bille cachée derrière un oeil. Si j'ai mal quelque part, aussitôt ma mère meurt. Si j'ai peur, elle appelle ; si j'ai soif, elle transpire ; on n'a pas vu donner autant et sans retour. Si je prends, elle donne. Si je marche, elle accourt. Si je pars, elle revient. Tiens, j'essaye. Ce serait bien.

*****


Je suis tachycardiaque . Mon coeur panique , ma mère dit que ça passera . Avec l'âge , les émotions s'estompent . Pour le moment , il suffit de définir la nature de la peur et de l'éviter à temps . Ca commence par battre à tout rompre parce qu'il me dit Au fait , et là , je sens qu'il va se produire le même emballement que quand il me dit Pendant que j'y pense ou Tiens , je ne t'ai pas dit . J'aimerais être sourde ; ce que je verrai de mes propres yeux ne pourra pas être mensongèrement exprimé par mon époux . Ce que je ne veux pas , c'est qu'on me raconte des sornettes , parce que , dans ces cas-là , comme je fais semblant de ne pas le remarquer , je deviens complice de la sornette , et mon coeur au-dedans sait que je le trahis et ça le met hors de lui . Mon coeur est bien plus spontané que moi avec ces choses-là .


C'est magnifique . A lire absolument . 19 nouvelles sur les relations mère-fille .
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# Posté le jeudi 16 février 2006 03:09

Modifié le dimanche 23 juillet 2006 20:07

.26.

Extrait de "Prose du bonheur et d'Elsa"-Aragon


[...]

L'amour que j'ai de toi garde son droit d'aînesse
Sur toute autre raison par quoi vivre est basé
C'est par toi que mes jours des ténèbres renaissent
C'est par toi que je vis Elsa de ma jeunesse
Ô saisons de mon coeur ô lueurs épousées
Elsa ma soif et ma rosée

[...]
Que serais-je sans toi qu'un homme à la dérive
[...]

J'étais celui qui sait seulement être contre
Celui qui sur le noir parie à tout moment
Que serais-je sans toi qui vins à ma rencontre
Que cette heure arrêtée au cadran de la montre
Que serais-je sans toi qu'un coeur au bois dormant
Que serais-je sans toi que ce balbutiement

]...]

Je te dois tout je ne suis rien que ta poussière
Chaque mot de mon chant c'est de toi qu'il venait
[...]

J'ai tout appris de toi sur les choses humaines
Et j'ai vu désormais le monde à ta façon
[...]

Le bonheur existe et j'y crois
[...]
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# Posté le dimanche 05 février 2006 15:25

.25.

Roméo et Juliette - William Shakespeare .

Roméo: Il se rit des plaies, celui qui n'a jamais reçu de blessures! (Juliette paraît à une fenêtre) Mais doucement! Quelle lumière jaillit par cette fenêtre? Voilà l'Orient, et Juliette est le soleil! Lève-toi, belle aurore, et tue la lune jalouse, qui déjà languit et pâlit de douleur, parce que toi, sa prêtresse, tu es plus belle qu'elle-même! Ne sois plus sa prêtresse, puisqu'elle est jalouse de toi; sa livrée de vestale est maladive et blême, et les folles seules la portent: rejette-la!... Voilà ma dame! Oh! voilà mon amour! Oh! si elle pouvait le savoir!... Que dit-elle? Rien... Elle se tait... Mais non; son regard parle, et je veux lui répondre... Ce n'est pas à moi qu'elle s'adresse. Deux des plus belles étoiles, ayant affaire ailleurs, adjurent ses yeux de vouloir bien resplendir dans leur sphère jusqu'à ce qu'elles reviennent. Ah! si les étoiles se substituaient à ses yeux, en même temps que ses yeux aux étoiles, le seul éclat de ses joues ferait pâlir la clarté des astres, comme le grand jour, une lampe; et ses yeux, du haut du ciel, darderaient une telle lumière à travers les régions aériennes, que les oiseaux chanteraient, croyant que la nuit n'est plus. Voyez comme elle appuie sa joue sur sa main! Oh! que ne suis-je le gant de cette main! Je toucherais sa joue!
Juliette: Hélas!
Roméo: Elle parle! Oh! parle encore, ange resplendissant! Car tu rayonnes dans cette nuit, au-dessus de ma tête, comme le messager ailé du ciel, quand, aux yeux bouleversés des mortels qui se rejettent en arrière pour le contempler, il devance les nuées paresseuses et vogue sur le sein des airs!
Juliette: Ô Roméo! Roméo! pourquoi es-tu Roméo? Renie ton père et abdique ton nom; ou, si tu ne le veux pas, jure de m'aimer, et je ne serai plus une Capulet.
Roméo, à part: Dois-je l'écouter encore ou lui répondre?
Juliette: Ton nom est mon ennemi. Tu n'es pas un Montague, tu es toi-même. Qu'est-ce qu'un Montague? Ce n'est ni une main, ni un pied, ni un bras, si un visage, ni rien qui fasse partie d'un homme... Oh! sois quelque autre nom! Qu'y a-t-il dans un nom? Ce que nous appelons une rose embaumerait autant sous un autre nom. Ainsi, quand Roméo ne s'appellerait plus Roméo, il conserverait encore les chères perfections qu'il possède... Roméo, renonce à ton nom; et, à la place de ce nom qui ne fait pas partie de toi, prends-moi tout entière.
Roméo: Je te prends au mot! Appelle-moi seulement ton amour, et je reçois un nouveau baptême: désormais je ne suis plus Roméo.
Juliette: Mais qui es-tu, toi qui, ainsi caché par la nuit, viens de te heurter à mon secret?
Roméo: Je ne sais par quel nom t'indiquer qui je suis. Mon nom, sainte chérie, m'est odieux à moi-même, parce qu'il est pour toi un ennemi: si je l'avais écrit là, j'en déchirerais les lettres.
Juliette: Mon oreille n'a pas encore aspiré cent paroles proférées par cette voix, et pourtant j,en reconnais le son. N'es-tu pas Roméo et un Montague?
Roméo: Ni l'un ni l'autre, belle vierge si tu détestes l'un et l'autre.
Juliette: Comment es-tu venu ici, dis-moi? et dans quel but? Les murs du jardin sont hauts et difficiles à gravir. Considère qui tu es: ce lieu est ta mort, si quelqu'un de mes parents te trouve ici.
Roméo>: J'ai escaladé ces murs sur les ailes légères de l'amour: car les limites de pierre ne sauraient arrêter l'amour, et ce que l'amour peut faire, l'amour ose le tenter; voilà pourquoi tes parents ne sont pas un obstacle pour moi.
Juliette:S'ils te voient, ils te tueront.
Roméo: Hélas! il y a plus de péril pour moi dans ton regard que dans vingt de leurs épées: que ton oeil me sois doux, et je suis à l'épreuve de leur inimitié.
Juliette:Je ne voudrais pas pour le monde entier qu'ils te vissent ici.
Roméo: J'ai le manteau de la nuit pour me soustraire à leur vue. D'ailleurs, si tu ne m'aimes pas, qu'ils me trouvent ici! j'aime ma vie finie par leur haine que ma mort différée sans ton amour.
Juliette: Quel guide as-tu donc eu pour arriver jusqu'ici?
Roméo: L'amour. qui le premier m'a suggéré d'y venir: il m'a prêté son esprit et je lui ai prêté mes yeux. Je ne suis pas un pilote; mais, quand tu serais aussi éloignée que la vaste côte de la mer la plus lointaine, je risquerais la traversée pour atteindre pareil trésor.
Juliette: Tu sais que le masque de la nuit est sur mon visage; sans cela, tu verrais une virginale couleur colorer ma joue, quand je songe aux paroles que tu m'as entendue dire cette nuit. Ah! je voudrais rester dans les bons usages; je voudrais, je voudrais nier ce que j'ai dit. Mais, adieu, les cérémonies! M'aimes-tu? Je suis que tu vas dire oui, et je te croirai sur parole. Ne le jure pas: tu pourrais trahir ton serment: les parjures des amoureux font, dit-on rire Jupiter... Oh! gentil Roméo, si tu m'aimes, proclame-le royalement: et si tu crois que je me laisse trop vite gagner, je froncerai le sourcil, et je serai cruelle, et je te dirai non, pour que tu me fasses la cour: autrement, rien au monde ne m'y déciderait... En vérité, beau Montague, je suis trop éprise, et tu pourrais croire ma conduite légère; mais crois-moi, gentilhomme, je me montrerai plus fidèle que celles qui savent mieux affecter la réserve. J'aurais été plus réservée, il faut que je l'avoue, si tu n'avais pas surpris, à mon insu, l'aveu passionné de mon amour: pardonne-moi donc et n'impute pas à une légèreté d'amour cette faiblesse que la nuit noire t'a permis de découvrir.
Roméo: Madame, je le jure par cette lune sacrée qui argente toutes ces cimes chargées de fruits!...
Juliette: Oh! ne jure pas par la lune, l'inconstante lune dont le disque change chaque mois, de peur que ton amour ne devienne aussi varaible!
Roméo: Par quoi dois-je jurer?
Juliette: Ne jure pas du tout; ou, si tu le veux, jure par ton gracieux être, qui est le dieu de mon idolâtrie, et je te croirai.
Roméo: Si l'amour profond de mon coeur...
Juliette: Ah! ne jure pas! Quoique tu fasses ma joie, je ne puis goûter cette nuit toutes les joies de notre rapprochement; il est trop brusque, trop imprévu, trop subit, trop semblable à l'éclair qui a cessé d'être avant qu'on ait pu dire: il brille!... Doux ami, bonne nuit! Ce bouton d'amour, mûri par l'haleine de l'été, pourra devenir une belle fleur, à notre prochaine entrevue... Bonne nuit, bonne nuit! Puisse le repos, puisse le calme délicieux qui est dans mon sein, arriver à ton coeur!
Roméo: Oh! vas-tu donc me laisser si peu satisfait?
Juliette: Quelle satisfaction peux-tu obtenir cette nuit?
Roméo: Le solennel échange de ton amour contre le mien.
Juliette: Mon amour! je te l'ai donné avant que tu l'aies demandé. Et pourtant je voudrais qu'il fût encore à donner.
Roméo: Voudrais-tu me le retirer? Et pour quelle raison, mon amour?
Juliette: Rien que pour être généreuse et te le donner encore. Mais je désire un bonheur que j'ai déjà: ma libéralité est aussi illimitée que la mer, et mon amour aussi profond: plus je te donne, plus il me reste, car l'un et l'autre sont infinis. (On entend la voix de la nourrice.) J'entends du bruit dans la maison. Cher amour, adieu! J'y vais, bonne nourrice!... Doux Montague, sois fidèle. Attends un moment, je vais revenir. (Elle se retire de la fenêtre.)
Roméo: O céleste, céleste nuit! J'ai peur, comme il fait nuit, que tout ceci ne sois qu'un rêve, trop délicieusement flatteur pour être réel.
.25.

# Posté le dimanche 05 février 2006 15:15