.39.

.39.
Crime et couches culottes- Jennifer Weiner

Ce n'était pas une contravention. C'était une enveloppe où figurait mon nom, à l'intérieur une feuille de papier ligné qu'on avait arrachée d'un cahier. Sur la feuille, ces mots, en capitales noires : 'Cessez de poser des questions ou vous serez la prochaine à y passer.' Affolée, je tournai sur moi-même, le coeur battant, comme si la personne qui avait laissé ce mot était restée dans les parages pour observer ma réaction. Pas une seule voiture aux alentours, ni âme qui vive, mais je cru entendre des pas qui s'approchaient, d'abord lentement, puis de plus en plus vite. J'attrapai mes clés, ouvris la portière, grimpai derrière le volant, claquai la porte et la fermai à clé. Puis je jetai un oeil dans le rétroviseur, pétrifiée d'horreur en apercevant la silhouette voûtée qui émergeait de la banquette arrière... Non, je délirais. Il n'y avait que les sièges-auto des enfants.

# Posté le dimanche 23 juillet 2006 19:54

.38.

.38.
Hell-Lolita Pille

Je suis une pétasse. Je suis un pur produit de la Think Pink génération, mon credo : sois belle et consomme.

Vous savez, le monde est divisé en deux, il y a vous et puis il y a nous. C'est sibyllin, je vous l'accorde...
Je m'explique. Vous avez une famille, un job, une voiture, un appartement que vous n'avez pas fini de payer. Embouteillages, boulot, dodo, tel est votre lot si vous avez de la chance. Métro, ANPE, insomnie car problèmes d'argent pour les moins bien lotis. Votre avenir se résume à la répétition de votre présent.


Je m'appelle Andrea et j'habite dans le XVIe.
Je suis presque heureux.
Il paraît que j'ai tout : je suis Jeune, Beau, Riche ; des populations entières doivent rêver d'être moi.
A ça près.
Je suis Jeune, Beau, Riche et lucide.
Et ça, c'est le détail qui fout tout en l'air.


L'humanité souffre. Le monde est une vaste plaine après un carnage, jonchée d'agonisants qui râlent et qui se tordent. Les hommes, 'les gens' déambulent, anonymes, et dissimulent une plaie béante sous leurs airs impassibles.
Le bonheur... L'homme n'en entrevoit que des apparences, celles qu'essaie de lui donner le voisin. Mais n'enragez pas du bonheur du voisin. Il est pédophile, héroïnomane et schizophrène. Et par-dessus tout, il enrage de l'image d'harmonie absolue que vous et votre famille lui offrez en permanence. Il ignore que votre femme vous bat et que vos enfants ne sont pas de vous.

# Posté le dimanche 23 juillet 2006 19:48

Modifié le vendredi 01 juin 2007 03:33

37

37
Bubble gum- Lolita Pille

Manon vit à Terminus, village paumé du sud de la France. Elle déteste sa vie, son job (elle est serveuse dans le bistrot de son père). Elle a vingt ans. Elle regarde trop la télévision, elle lit trop de magazines. Elle se trouve trop jolie pour rester enterrée là. Elle veut devenir célèbre. La voici bientôt à Paris, où elle survit comme serveuse dans un restaurant, en attendant mieux. Le mieux se manifeste sous les traits de Derek Delano. C'est l'archétype du jeune et bel héritier blasé. Volontairement, j'en ai fait une sorte de personnage de BD. Il vit au Ritz, achète tout le monde, joue du piano, couche avec des putes, s'ennuie. Il imagine un jeu plutôt pervers : façonner, voire briser le destin d'un être innocent.

Je déteste ces publicités qui se mettent en quatre pour nous donner envie d'acheter un produit à la con dont on n'a même pas besoin, qui te tutoient pour te vendre du Fanta citron, qui te tutoient si t'es un jeune, parce que les jeunes sont cools et arriérés et qu'il faut les tutoyer sinon ils ne comprennent pas ce qu'on leur dit, et la voix off de minette en chaleur des pubs pour le déodorant, le rouge à lèvres et les crèmes dépilatoires, parce que toutes les filles entre quinze et vingt ans sont de toute façon des minettes en chaleur, hystériques et obsédées par la tenue de leur déodorant et nageront dans la joie en apprenant qu'on fabrique maintenant des crèmes dépilatoires en spray qui font effet en trois minutes sans irritation, c'est-à-dire juste le temps que le jeune qu'elles ont ramené d'une quelconque 'teuf' se tape un Fanta citron et le début d'une queue pendant qu'elles se désherberont les jambes et la chatte au spray enfermées dans la salle de bain, et pourront donc passer immédiatement à l'action dès qu'elles en sortiront...


Elle avait l'air paumé d'une orpheline qui regarde passer les monospaces sur une aire d'autoroute, elle n'était pas mal, naturellement gracieuse, malgré son espèce de robe rouge scintillante à en faire mal aux yeux, que Michelle Pfeiffer aurait pu porter dans 'Scarface' sans que ça détonne, seulement voilà, 'Scarface', c'était en 83.

# Posté le dimanche 23 juillet 2006 19:47

Modifié le dimanche 23 juillet 2006 19:59

.36.

.36.
People or not people - Lauren Weisberger

Même si je ne l'avais qu'entr'aperçue du coin de l'½il, j'ai immédiatement identifié la créature marron qui venait de détaler sur mon plancher gauchi: c'était une blatte - et le spécimen le plus gros, le plus charnu que j'avais jamais vu. La superblatte avait, in extremis, évité de frôler mes pieds nus avant de disparaître sous la bibliothèque, mais je tremblais tout de même comme une feuille. Je me suis obligée à ventiler mes chakras - une technique que j'avais apprise lors d'une semaine de retraite dans un ashram où mes parents m'avaient traînée bien malgré moi - et, à force de concentration, mon rythme cardiaque a légèrement ralenti. Quelques minutes plus tard, j'étais redevenue assez fonctionnelle pour parer aux mesures d'urgence qui s'imposaient. D'abord, voler au secours de Millington qui s'était, elle aussi, recroquevillée de terreur et avait filé aux abris sous le canapé. Dans la foulée, j'ai enfilé une paire de bottes pour protéger mes mollets, j'ai ouvert grand la porte d'entrée pour encourager la blatte à vider les lieux et j'ai commencé à vaporiser un insecticide superpuissant et exclusivement vendu sous le manteau sur toutes les surfaces planes de l'appartement. A voir avec quelle force je pressais le doigt sur la gâche du pulvérisateur, on aurait pu croire qu'il s'agissait d'une bombe d'autodéfense. Lorsque le téléphone a sonné, près de dix minutes plus tard, j'étais encore en train de vaporiser.

Le numéro de Penelope s'est affiché sur l'écran et j'étais à deux doigts de filtrer son appel quand j'ai réalisé que son appartement était l'un de mes deux seuls refuges potentiels. Si jamais la blatte réussissait à survivre à la fumigation de choc et refaisait surface, je n'aurais d'autre choix que partir squatter chez elle, ou chez Oncle Will. Ne sachant pas trop où était Will ce soir-là, il m'a paru plus avisé de garder les lignes de communication intactes. J'ai décroché et me suis aussitôt écriée:
- Pen! Je suis attaquée par le plus gros cafard de Manhattan! Qu'est-ce que je fais?
- Beth, j'ai une SUPER nouvelle!, a-t-elle crié en retour, visiblement indifférente à ma panique.
- Une nouvelle plus urgente que mon invasion de blattes?
- Avery vient de me demander en mariage! On est fiancés!

Mince alors.
On est fiancés - trois mots qui pouvaient propulser une personne au septième ciel et en précipiter une autre dans un puits de désespoir. Mon pilote automatique s'est heureusement aussitôt enclenché pour me rappeler qu'il serait pour le moins inapproprié de verbaliser le fond de ma pensée. C'est un naze, Pen. Ce n'est qu'un sale môme pourri-gâté qui passe sa vie à fumer des pétards dans un corps de grand garçon. Il sait pertinemment que tu es trop bien pour lui, et il te met la bague au doigt avant que tu ne t'en rendes compte. Pire: en l'épousant, tu ne feras qu'attendre le moment où il te remplacera par une nana plus jeune et plus sexy et te laissera ramasser les morceaux. Ne fais pas ça! Ne fais pas ça! Ne fais pas ça!
- Pen! C'est génial! Félicitations! Je suis tellement, tellement heureuse pour toi!
- Oh Beth, je savais que ça te ferait plaisir. C'est à peine si j'arrive encore à parler. Tout ça est tellement rapide!

Rapide?
Rapide? C'est le seul mec avec lequel tu sois sortie depuis que tu as dix-neuf ans. Ce n'est pas exactement inattendu - ça fait huit ans, maintenant. Espérons juste qu'il ne va pas attraper de l'herpès à son enterrement de vie de garçon à Vegas.
- Raconte-moi tout. Quand? Comment? La bague?
[ Ajouter un commentaire ] [ Aucun commentaire ]

# Posté le samedi 10 juin 2006 14:37

Modifié le dimanche 23 juillet 2006 20:00

.35.

.35.
Vous plaisantez Mr Tanner - Jean Paul Dubois

Il portait sur son visage tout le poids de sa charge. D'invisibles fardeaux pesaient sur ses épaules. Ses yeux rougis larmoyaient, son nez suintaient pareil à une vieille canalisation et, de sa voix monotone assourdie par un pharynx irrité, il n'en finissait pas de lire d'absconses considérations testamentaires aux termes desquelles il m'annonça d'un air équivoque que j'héritais d'une immense maison d'habitation.

*

- Vous allez travailler avec nous ?
- Oui. J'ai pris six mois de congé sans solde.
- Vous voulez dire que vous allez être sur le chantier tous les jours ?
- Ca a l'air de vous ennuyer.
- C'est à dire que vous ne nous l'aviez pas dit. Nous on n'a pas l'habitude de travailler avec quelqu'un. Généralement les types pour lesquels on bosse, on ne les voit que le vendredi, le jour de la paye.
- Eh bien moi, vous me verrez tous les jours de la semaine.
- Vous plaisantez, monsieur Tanner. En tout cas, il faut qu'on se mette d'accord : qui est-ce qui va commander ?
[ Ajouter un commentaire ] [ Aucun commentaire ]

# Posté le dimanche 07 mai 2006 10:18

Modifié le dimanche 23 juillet 2006 20:01